Newsletters

266

La protection des biens affectés à l’utilité publique qui appartiennent aux municipalités

Only available in French

Il est connu que les municipalités bénéficient de la dualité domaniale. En ce sens, les biens de la municipalité font partie soit de son domaine privé ou soit de son domaine public. La distinction est importante puisque les biens de la municipalité affectés à l’utilité publique font partie de son domaine public et sont, de ce fait, insaisissables (art. 916 du Code civil du Québec [CcQ]).

Si on ajoute aux dispositions législatives ci-haut mentionnées celles prévues à l’article 2668 CcQ, les biens de la municipalité insaisissables ne peuvent être grevés d’une hypothèque légale ou conventionnelle.

Quels sont les biens qui sont affectés à l’utilité publique de la municipalité?

 En 2021, la Cour d’appel du Québec s’est penchée sur cette question (Douglas Consultants inc. c. Unigertec inc., 2021 QCCA 384, le 8 mars 2021). Dans cette affaire, la ville a adjugé un contrat pour la construction d’un centre multifonctionnel destiné à servir à des fins communautaires, de loisirs, de santé, de sports et d’entraînement physique pour ses citoyens et ceux des municipalités voisines. Dans le cadre de la réalisation de ces travaux, un sous-entrepreneur qui n’avait pas été payé pour ses services par l’entrepreneur général a inscrit sur l’immeuble une hypothèque légale. Il a, par la suite, demandé le délaissement forcé et la vente sous contrôle de la justice du centre multifonctionnel pour lequel il avait, par ses travaux, procuré une plus-value.

La ville a requis du tribunal la radiation de l’hypothèque légale soutenant que l’immeuble est un édifice public municipal. Il s’agit donc d’un bien affecté à l’utilité publique de la municipalité et que, de ce fait, il était insaisissable. Il ne pouvait donc y avoir d’enregistrement au registre foncier d’une hypothèque légale sur cet immeuble.

En première instance, la Cour supérieure a conclu qu’il s’agissait bien d’un immeuble affecté à l’utilité publique de la municipalité au sens de l’article 916 CcQ et qu’ainsi, il ne pouvait être affecté d’une hypothèque légale. Le tribunal a donc ordonné la radiation de celle-ci.

Le sous-entrepreneur en a appelé de cette décision devant la Cour d’appel du Québec. Le sous-entrepreneur prétendait que des restrictions pour l’application des dispositions prévues à l’article 916 CcQ devaient être prises en considération. Selon le sous-entrepreneur, pour qu’un immeuble soit affecté à l’utilité publique, il faut que le bien soit concrètement utilisé aux fins d’assurer des services essentiels liés à leur raison d’être. Pensons, par exemple et non limitativement, à une station de pompage de l’eau potable.

La Cour d’appel rappelle qu’un bien sera considéré comme étant affecté à l’utilité publique s’il est destiné à l’usage du public général, s’il est essentiel au fonctionnement de la municipalité ou s’il est gratuitement à la disposition du public en général. C’est le cas de tout équipement municipal servant à l’ensemble du public, incluant, non limitativement, les rues, trottoirs, allées piétonnières, voies cyclables, stationnements municipaux ainsi que les édifices qui servent à l’usage du public en général, tels que l’hôtel de ville, le centre communautaire, etc. Il faut imaginer qu’un service fourni à l’intérieur de l’immeuble peut ne pas l’être à titre onéreux sans pour autant que l’immeuble ne soit en soi à l’usage du public en général.

Pour la Cour d’appel, le terme « affecté à l’utilité publique » doit recevoir une interprétation large et libérale afin de respecter la volonté du législateur d’empêcher que les biens bénéficiant à la population ne soient susceptibles de tomber dans le domaine privé ou d’être saisis pour devenir des propriétés privées.

En conséquence, la Cour d’appel a conclu que le centre multifonctionnel était destiné à l’usage du public en général et qu’en conséquence, il bénéficiait de la protection des biens affectés à l’utilité publique de la municipalité.

Un entrepreneur général ou un sous-entrepreneur ou un fournisseur de matériaux qui effectue des travaux ou fournit du matériel intégré à un bien municipal affecté à l’utilité publique ne peut inscrire une hypothèque légale ou saisir, même après avoir obtenu un jugement contre la municipalité, un bien utilisé à cette fin puisqu’il est insaisissable.

266

Articles in the same category

Not So Intelligent!

Since the widespread adoption of artificial intelligence tools, growing concerns have emerged regarding their use in judicial proceedings. Recent decisions have relied on section 342 of the Code of Civil Procedure to sanction parties who make improper use of such tools. More specifically, this provision has been invoked on several occasions to address the use or citation […]

So? Is it settled or not?

In an interim decision in Djaferian v. Spanoudakis,rendered on February 20, 2026, the Superior Court had to determine whether an offer made 15 months earlier, prior to the institution of proceedings, could still be accepted and result in a transaction. Summary of Facts and Timeline The Plaintiff, a co-owner who sustained water damage to his private […]

Office Parties and the Employer’s Duty to Prevent Harassment

In De Sousa and Corporation interactive Eidos, 2026 QCTAT 4, the Quebec Administrative Labour Tribunal (ALT) appears to have broadened the scope of an employer’s obligation to prevent harassment. The decision arose from a complaint filed by a former employee who had been sexually assaulted at her home by a colleague following an office party organized by the […]

Should Economic Losses Be Considered Property Damage?

The Quebec Court of Appeal in Zurich, Compagnie d’assurances SA c. CRT Construction inc., recently overturned the Superior Court’s decision on the interpretation of a construction insurance policy. Facts CRT Construction Inc. (“CRT”) was retained by the City of Montreal (“City”) to perform major construction work at the Atwater water treatment plant. At the City’s request, CRT […]

The Court of Appeal delves deep into the parties’ intentions and claimant hits a wall…

The Facts In the context of a project for the construction of a ten-storey condo building, the excavation contractor subcontracts the design and installation of a Berlin-type retaining wall (the “Wall”) to Phénix Maritime inc. (“Phénix”) which, in turn, subcontracts the design to Les Investigations Marcel Leblanc inc. (“IML”). Problems arise that substantially delay the […]

New CAI Guidance on Preventing Confidentiality Incidents: A Practical Roadmap for Businesses in Quebec

On January 30, 2026, Quebec’s privacy regulator, the Commission d’accès à l’information (“CAI”), published fresh guidance aimed at strengthening how organizations prevent confidentiality incidents involving personal information. Confidentiality incidents are one of the most significant privacy risks facing organizations today. In Quebec, these incidents are governed by several laws, including the Act respecting the protection […]